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texte liturgique
chœur mixte
Allemagne, Stuttgart
la Schola Cantorum Stuttgart, direction : Clytus Gottwald.
Le texte latin de Lux Aeterna provient de la messe de requiem, genre que Ligeti a abordé en 1963-1965, mais sans mettre précisément en musique cette partie de la communion. D’un point de vue musical, l’œuvre se rapproche de Lontano pour grand orchestre de 1967 et des Ramifications pour douze cordes solistes (1968- 1969).
En effet, la musique de Ligeti dans les années 1960 se caractérise notamment par les clusters ou agrégats sonores formés de demi-tons superposés, et par l’utilisation de la micropolyphonie, qui consiste à individualiser chaque partie de la texture musicale : ici, chaque voix possède un parcours propre et vient s’insérer imperceptiblement dans le flux du continuum sonore, s’additionner très délicatement à la polyphonie des autres voix, « wie aus der Ferne » (comme du lointain, depuis le lointain), indique le compositeur au début de la partition.
Les dimensions mélodique et harmonique importent bien moins ici que les paramètres du timbre ou du rythme. Très précisément calculées (Ligeti s’est toujours dit fasciné par les horloges et autres mécanismes de précision), les figures rythmiques concernent l’ensemble des entrées possibles en triolets et quintolets, le plus souvent en canon, formant ainsi un complexe inextricable de strates autonomes et complémentaires.
La suspension du temps, de la sensation de la pulsation (la lumière et le repos sont « éternels »), naît de cet ingénieux système de brouillage qui concerne le texte, dont les consonnes sont souvent écartées au profit des seules voyelles, autant que le timbre et les registres : « On pourrait comparer ce processus à des décors nettement visibles d’abord dans tous leurs détails ; arrive ensuite le brouillard et les contours de ces décors deviennent flous, jusqu’à ce qu’ils deviennent finalement invisibles. Le brouillard se volatilise alors, de nouveaux contours surgissent, d’abord très vagues, puis de plus en plus précis jusqu’à la disparition totale du brouillard et l’apparition de nouveaux décors. » (Ligeti)
Le parcours de l’œuvre est donc volontairement très progressif, avec des changements de couleur et de timbre très fondus. Deux points de repère importants, pourtant : les mots « Domine » ; la première occurrence de ce terme se porte en avant de façon homorythmique (c’est la première entrée, presque surnaturelle, des basses, en voix de fausset) ; le second « Domine », à nouveau chanté à découvert par les basses, cette fois dans le grave, initie la troisième et dernière partie de l’œuvre, qui se conclut, après l’effacement morendo de l’ensemble du chœur, par sept mesures de battue silencieuse du chef, dans le vide.
Ceci est un extrait. La version complète est disponible à la médiathèque de l'IRCAM.
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